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"J’ai aimé cette liberté d’écriture"

J’ai aimé cette liberté d’écriture : elle fonctionne comme celle des mémorialistes du 17ème siècle. La Sévigné racontait, à bâtons rompus les petites histoires et les grandes lignes de la Cour, à Versailles ; Saint-Simon – plus politique, mais plus elliptique – mettait en mesure les mille incidents de la Cour royale et Bessière, c’est sa Cour intérieure qu’il met en scène, avec pudeur et pertinence, balayant son kaléidoscope d’avant en arrière et en sens inverse dans une bien joyeuse connivence avec son passé.

Joyeuse ? Pas si sûr : Le début s’amorçait par un irénisme qui me troublait. Mais vite, dès la page 26 apparaît l’expression des premiers doutes. Du coup, je me laisse impressionner par le nombre de points d’interrogation. (…) Mais ce sont, justement, ces points d’interrogation, ces « peut-être », ces conditionnels qui m’émeuvent le plus, parce que tout cela fait tellement écho à mes propres interrogations, doutes, inquiétudes, que je me sens frère en tous points de ces fragilités que les apparences extérieures n’osent pas dénoncer.
J’ai apprécié tous ces termes qui disent l’incertitude : « étrange », « marge », « tâtonner », « pénombre », « ignorances »… parce que je m’y retrouve, évidemment. Tout le passage sur « vérité et sens » m’a ravi : c’est trop bien vu, tellement bien dit !

En revanche, lorsque Gérard Bessière parles des prophètes (d’Élie à Riobé), des pères du désert, de Jésus, alors les points d’interrogation disparaissent : merveille du VERBE de ce qu’on appelle Dieu, quand il nous parle ! Là, sans doute (et le mot est à prendre au sens littéral), notre âme s’assure, notre intelligence est fortifiée.

Enfin... Mais c’est sans fin, à vrai dire, j’aime cet appel à l’espérance, qui se dit comme derrière un voile, qui se lance comme un souffle fragile, et qui amène le dernier mot du livre : Avenir. Quel bel envoi pour un rédacteur de quatre-vingt trois ans !

Allez ! Ce fut une bien bonne lecture, et je vous remercie de m’y avoir invité. Un auteur sait mal comment son livre est entendu. Il y a bien des critiques, experts en ce genre de retour, mais ce sont gens de métier. Ici c’est en ami, en frère, que je viens vous dire tout le bien que m’ont donné ces lignes.



Maurice de Broucker

©DIABASE éditions 2016 - réal. : Alexandre Petrovski Darmon