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"Libr-Critique"

« Quand Mahu parle, Mahu crie. »
Mahu. Deux syllabes, presque deux onomatopées séparées par un souffle coupé: ce « h » entre deux voyelles. Des sons qui s’expulsent, comme un cri. « Mahu, c’est. » Un cri sans mots, oublieux du langage. Le titre fait penser au diptyque de Robert Pinget : Mahu ou le matériau / Mahu reparle. Ici, le cri se substitue à la parole, malgré la reprise du « matériau ». Crier peut être l’expression d’un paroxysme autant que d’une perte ou du langage. Chez Edmond Bruno, Mahu est un personnage frontière, un monstre dans sa marginalité. C’est pourquoi ses actes semblent suivre une loi déviante de la loi générale. Suivre Mahu, au-delà de la ville, dans la campagne, c’est considérer le monde à contre-courant. La langue et le langage deviennent alors un objet étranger, insolite, voire monstrueux : " Ainsi, cachés, courbés, accrochés comme sangsues aux parois de nos gorges, des monstres habitent nos bouches. Ainsi c’est donc avec et par un monstre que je parle, que tu parles." Parlons.


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Périne Pichon

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