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"Retrouver par la magie des mots le temps vécu"

L'été 1940 vu par un enfant

L’exode de mai-juin 1940. Des millions de gens sur les routes, fuyant l’armée du Reich. Ce chambardement de la vie ordinaire, Gérard Prémel, écrivain, poète, sociologue vivant à Rennes, le raconte après trois-quarts de siècle. Il le restitue par le regard du petit garçon de huit ans qu’il était à l’époque. La focale est ici resserrée sur la sensation, les détails sensibles de l’enfance, en deçà des grondements de l’Histoire.
Donc ni un livre de souvenirs ou de témoignage, mais beaucoup mieux, disons une tentative pour retrouver par la magie des mots le temps vécu, ce temps perdu qui soudain prend chair devant nos yeux. La perception enfantine est faite d’imaginaire, soumise qu’elle est à l’ignorance, le non-dit, le contresens. Prémel nous introduit joliment dans la construction mentale du petit humain. Le garçon a quitté le minuscule appartement parisien avec sa mère (séparée de son père). Ils ont pris le train pour la Bretagne où se trouve quelque famille. Ils aboutissent à Lannion. Une vie bizarre. La maman n’est pas très sérieuse. Elle fréquente des soldats allemands. Les gens sont étranges. Les petits camarades aimants ou rétifs. L’enfant est un réceptacle d’inquiétude. Nous, lecteurs, sommes perpétuellement dans son émoi.
Le récit de Prémel refuse les grands effets. Il aligne des phrases simples et touchantes. Elles font « sentir » l’époque à défaut de la montrer. En ce sens, après tant de récits éculés sur cette période, L’été de l’exode est une charmante réussite.

Georges Guitton - Place Publique 35 mai 2015

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