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"Tristan Corbière est actuel. Extrêmement vivant."

Entre réalité et fiction, Catherine Urien retrace quelques morceaux choisis de la vie du poète. Une vie dans l’urgence pour ce dandy amateur de satires.

« J’ai relu Tristan Corbière et ai eu envie de partir sur ses traces. » L’œil de Catherine Urien pétille lorsqu’elle parle du poète « maudit ». Pourtant, c’est vers un autre auteur du que le cœur de l’ancien professeur de lettres s’inclinait. « Adolescente, je lui préférais Rimbaud. »
« C’est la baie de Morlaix » qui lui a inspiré ce voyage. « On a le même encrage ». Son récit de 120 pages se parcourt comme une balade rêvée d’après ce que l’auteur a lu de Tristan Corbière et sur lui. « Je suis entrée en empathie avec lui, comme si je voulais lui rendre justice. » Justice parce qu’il est resté dans l’ombre de son époque.
« Corbière avait la même force que Rimbaud. Comme lui, il a inventé un nouveau style dans la poésie, en cassant le rythme de l’alexandrin. Ils avaient la même violence, usaient de la même provocation. » Catherine Urien y reconnaît une « urgence de vie », lui qui se savait, dès 14 ans, condamné par la maladie.

Toujours soutenu pas son père, Édouard Corbière, Tristan écrit, peint, fréquente le milieu artistique parisien, la bourgeoise et revient souvent en Bretagne, à Roscoff, sur le port et dans les tavernes des peintres, des marins et des prostituées.
« C’était un dandy qui se trouvait laid, mais était très élégant. Il faisait des portraits satiriques avec une tendresse pour les petites gens. C’était un caricaturiste remarquable. Il aurait pu travailler pour Charlie Hebdo. »
Dans une écriture fluide, Catherine Urien raconte quelques instants de la vie de son poète, à la manière d’un journal, entre 1859 et 1875, faisant entrer Tristan Corbière en scène, en citant ses vers.

Le lecteur le suit dans ses errances, au fil des rencontres. Avec Herminie, par exemple, épouse du vicomte de Battine, qu’il aimait profondément. Un épisode imaginé, avec des personnages qui ont existé. « C’est à cette époque, en 1871, qu’il écrit le cœur des Amours Jaunes ».
Le seul recueil de poésie du jeune auteur, par lequel il s’est fait connaître. « Il se sauve par l’écriture et l’autodérision. Les sorties en mer, aussi, toujours par gros temps. » Ce livre est publié quand Rimbaud écrit ses Illuminations. « Corbière n’a pas ses envolées ».

Mais, s’il était moins connu, « c’est qu’il est en avance sur son temps. Et ce n’était pas un poète engagé, même s’il dénonce la guerre dans La pastorale de Conlie. Un texte aussi fort que les réquisitoires de Céline. »
Peut-être aussi est-il resté « un peu prisonnier de Morlaix ». Catherine Urien le considère comme « un poète universel, pas seulement breton. Tristan Corbière est actuel. Extrêmement vivant ».


Ouest-France 03.05.2017

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