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"L'horizon tire un trait"

Si Varech est le premier roman de Sophie Tessier, il n’en demeure pas moins parfaitement maîtrisé et empreint d’une singulière puissance poétique. De toute évidence, cette jeune romancière "a une plume", comme on dit. Les ambiances fantastiques du récit ne sont pas sans rappeler celles qui imprègnent les œuvres d’Edgar Poe, Guy de Maupassant ou Julien Gracq, mais ces influences prestigieuses n’étouffent pas l’écriture. Le style est personnel et assuré. Il ne pousse pas la poésie dans des chemins de traverse sur lesquels le lecteur néophyte se perdrait rapidement. Ici, on se laisse emporter par ce petit paquet de mer, doucement mais agréablement. La référence à Ouessant (et même à une île) n’est pas explicite, mais les petits murets de pierre contre lesquels se blottissent les moutons sont parlants par eux-mêmes. On peut sans peine visualiser les paysages dans lesquels l’histoire se trame, sur fond de dissolution du réel dans le chant des sirènes. Cet univers onirique fait écho aux dessins animés japonais créés par les studios Ghibli à Tokyo, en particulier Ponyo sur la falaise du grand maître Hayao Miyazaki, sorti en 2008.
Alors, que reprocher à ce roman si ce n’est que l’on quitte à regret ses personnages. On aurait aimé que leur créatrice, visiblement en empathie avec eux, prolonge pour elle-même le plaisir de l’écriture et pour nous celui de la lecture. Mais les résonances automnales du récit envoûtent l’imagination et perdurent après son épilogue, même si "l’horizon tire un trait" en guise de conclusion.


Eric Auphan / L'Archipel des Lettres 08-2017

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