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"Un roman foisonnant"

Le roman débute en 1840 par trois lettres de François qui quitte Nantes pour l’Espagne, où il espère retrouver l’homme qu’il recherche. Puis, soudaine ellipse, nous voici dans une riche demeure andalouse où vit Consuelo, au prénom à la George Sand. Il y a son mari, Juan Lumbreras, un homme plus âgé, généreux, héros de la lutte d’Indépendance contre Napoléon, qui reste à l’écart de l’actuelle guerre civile. Cette belle jeune femme affublée d’un pied bot mène une existence solitaire. Elle se réfugie dans le rêve et le souvenir des confidences de sa sœur qui lui détaillait les malheurs des années 1810, l’assassinat de leur père favorable à la Révolution et à Napoléon. Derrière l’apparence lisse de sa vie, l’on devine un personnage complexe : n’a-t-elle pas épousé cet homme du camp adverse sans que cela ne semble provoquer de conflit intérieur ? Elle s’est accommodée des conditions de Juan pour ce mariage. C’est à ce prix qu’elle a pu laver la honte de sa disgrâce physique.
L’arrivée du petit Français est le cœur dramatique du roman, elle ramène le vent de l’Histoire du côté de la France et renoue le récit là où Eau-forte l’avait laissé, sur la recherche du père. Il est beaucoup question de filiation dans ce roman. Construite de façon très maîtrisée par Françoise Moreau, l’écriture porte le récit jusqu’à son point d’orgue, la demande de Juan à Consuelo et François. Demande troublante en ce que c’est le mari qui est l’ordonnateur du désir des autres. Du désir propre de Consuelo ou de François, nous ne saurons rien. De bout en bout triomphe une expression indirecte, souvent faite de non-dits. La clôture du roman l’illustre avec les trois lettres sans échange, en miroir des premières : Consuelo ferme la parenthèse de sa liaison avec le petit Français, l’existence plus convenue reprend. Belle suture d’un roman foisonnant.


Marie-Hélène Prouteau / Encres de Loire 65

©DIABASE éditions 2016 - réal. : Alexandre Petrovski Darmon