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Au pays d'Aimé Césaire

Étonnant voyageur qu'Hervé Carn dont l'œuvre romanesque porte en elle les réminiscences de lointains mystérieux (Issek) ou les échos vivifiants d'une Afrique proche (Akparo). Quoi de plus normal pour un écrivain qui chemine d'affinité entre Julien Gracq et Aimé Césaire ?

C'est du « pays d'Aimé Cé-saire », la Martinique, qu'Hervé Carn ramène son dernier récit. Paysages et rencontres en constituent la trame, jusqu'à l'insolite total avec cette anecdote de l'Haïtien, qui fait remonter le temps. Mais ce n'est pas le pittoresque qui fait le voyage, bien au contraire. Hervé Carn donne d'ailleurs peu à voir : à le lire, on entend (Orner le mulâtre), on sent (Le jardin des ombrages), on ressent même le pays foulé sous les pas (une plage, un marché). Mais tout cela n'est rien encore de ce que recherche l'écrivain que l'on voit tourner en rond dans cette Martinique où il retrouve des impressions ressenties déjà en d'autres lieux, Et puis le récit bascule et trouve son aboutissement : Aimé Césaire, qui occupait encore ses fonctions de maire de Port-au

Prince, a donné rendez-vous - un rendez-vous bref - à l'écrivain breton. D'Homère à Benjamin Péret, un même amour des livres et de la culture réunit les deux hommes. Mais cela aussi pourrait n'être que du pitto-resque d'écrivains. Sauf que dure la rencontre, au point qu'Aimé Césaire oublie ses autres rendez-vous, même les plus importants... Au terme du voyage et du compagnonnage de quelques heures avec le poète qui conçut l'idée de négritude, Hervé Carn trouva le but du voyage réussi : il venait de rentrer en lui-même. Aimé Cé-saire l'avait adoubé breton. Et le lecteur ravi se découvre, lui, un peu plus homme...

Yannick PELLETIER, OUEST-FRANCE, le 02-07-2004

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