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"Akparo à Kerhoz"

Appartenant au dialecte africain, akparo sa traduit en breton par degemer mat, en français par bonne arrivée.

Hé bien donc, akparo à Kerhoz, village endormi des Monts d'Arée. A condition bien sûr que Docteur Louis vous accepte. Vieux. gars, porté sur le lambig et le rouge, il est bien plus qu'un guérisseur expert. II n'a rien oublié, en effet, des leçons de sa défunte mère, Manaïk, ni de celles du forgeron Larvor chez qui il fut apprenti.
C'est de leur force qui désormais l'habite que Louis tient ses pouvoirs qui font de lui un Orphée breton, prince des arbres, des fleurs et des bêtes sauvages, maîtres des bourrasques et des eaux.
Quand son cousin, René, missionnaire en Afrique, revient vivre à Kerhoz, Doc-teur Louis n'est guère enchanté. Et voilà que ce diable de prêtre resté en rela¬tion avec certaines autorités. du pays où il exerça son ministère, invite à Kerhoz l'équipe nationale de football en stage de préparation à la coupe du monde ! Louis se déchaîne en sortilèges. Stupeur et désespoir des Noirs qui ont pour tout remède. que de faire venir leurs meilleurs féticheurs...
Des Monts d'Arrée à l'Afrique où Louis finira par se rendre, le récit d'Hervé Carn opère une magistrale fusion entre régime social, analyse psychologique et merveilleux, dans la veine du P.J Hélias de la Colline des solitudes. Le romancier-conteur poursuit sa quête du mystère du rapport entre la beauté du monde et notre propre mort. Récusant le temps qui n'est rien, il magnifie le lieu – breton ou africain – en quoi se fonde l'universel. C'est du corps de son pays que l'homme nourrit sa pensée et son coeur et non des abstractions concep-tuelles qui ne font que des barbares raisonneurs. Akparo aux pays du rêve et de l'homme, de la fable et de la sagesse..

Yannick PELLETIER, Ouest-France

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