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L'écriture sensuelle de Bahain

Marie-Hélène Bahain publie son deuxième roman et ça ne passe pas inaperçu. Dans une économie de pages remarquée, l'écrivain soumet le lecteur à sa sensualité vibrante, touchante aussi.

« La trouée bleue », son premier roman, histoire d'une relation fusionnelle entre un père et son fils, était poignant. Et quasi irrespirable. Son deuxième ouvrage qui nous invite à être témoin de ses noces de lecture, est plus léger.
Le narrateur dévore « Leçon de choses », de Claude Simon, Epsilon -- pourquoi l'appelle -t-elle ainsi ? - pendu à son cou. Cet amoureux est avide, comme la lectrice, de la prose du Prix Nobel, Eros à fleur de peau : « D'un seul coup, à la page 16, j'étais toi, écrit l'écrivain. Nos chairs unies. Une. Moi la terre, la pesanteur, la fertilité. Toi. le ciel, la lumière, messager des dieux. Le lieu, l'instant étaient de feu. Et surtout, ils étaient indivisibles. UN. Comme toi et moi nous l'étions. UN ».
Par la grâce du verbe, Bahain instille un climat sensuel, alchimie de mots et de vibrations. Elle se sert des écrits de Simon pour suggérer ses émois : « Elle lutte... joue... couleur d'herbe... langue, rose aussi et mouillée... ses lèvres serrées s'ou¬vrent...
Dans son style tout en touches délicates, l'auteur referme « Leçon de choses -. Et sa liaison fantasmée. Mais longtemps après, ses climats moites, fusionnels, nous habitent encore...

Gaspard NORRITO, OUEST-FRANCE, le 22-12-2002

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