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"Pour ne pas accepter l’inacceptable"

A la parution de son récit L’âme chevillée au corps (éditions Dialogues, 2012), on a découvert qu’Eve Lerner, poète et critique, excelle aussi en prose. Ce livre hautement littéraire le confirme si besoin est. Inclassable, porté par une écriture ciselée à la fois précise et sensible, légère et foisonnante, le texte se tient entre poème en prose et essai poétique. Il y a dans ces pages autant de rigueur que de grâce. Eve Lerner fait partie des poètes qui ne peuvent séparer la poésie de la pensée. Alors que « le présent a l’épaisseur du papier journal », elle nous dessille les yeux. Par courts paragraphes qui se succèdent, elle éloigne passivité, résignation et conformisme, « le lent poison de la fausse parole allié à la cécité stupide qui attaque, harcèle, perfore, décompose, déracine, nous prive de sens», quand « une colère grande comme la nuit » la saisit. Mais quand bien même les verbes à l’impératif qui se succèdent se font incantatoires, il ne s’agit pas d’une injonction de plus à notre encontre, ni d’appel à un acte d’héroïsme. Ouverte sur le souci des autres et du monde et donc de soi, l’auteure a l’art de mêler l’intime et l’impersonnel. Quand, « lâchée par la joie, (elle) redevient entièrement insulaire », refusant de « surfer sur le chaos », d’accepter la débâcle, elle fait appel à la capacité d’émerveillement qui se tapit au fond de soi, la « pure énergie de l’enfant » qui est en nous. Dans « l’ardeur brouillonne », elle laisse surgir le « désir de songe, l’étonnement d’un possible ». Car « cela fait une éternité que le jour attend ». L’éveil chemine en acceptant la brûlure du poème, en laissant « juste le poème s’embraser ». Pour ne pas accepter l’inacceptable, « faire taire l’immonde » et la barbarie, les mots se font récit initiatique et chemin de révolte et d’insoumission, d’humanité. « Le réel se coulissant dans nos rêves », l’utopie peut alors se vivre. Sans assurance ni certitude, Eve Lerner clôt son ouvrage par des questions qui nous laissent, revigorés, à nos propres interrogations.

Marie-Josée Christien / Spered Gouez n° 23

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"Peintre de modestie et d’intransigeance "

Pierre Bergougnioux précise dans sa préface que le littoral breton à la pointe de Penmarc’h était seul à susciter l’état de peindre chez Jean Bazaine. Cette baie d’Audierne, âpre et lumineuse, découverte par Bazaine dès 1936, est aussi le pays de l’écrivain Bernard Berrou. Nul ne pouvait mieux comprendre que lui le coup de foudre de Bazaine, « peintre de modestie et d’intransigeance », pour ce lieu vrai, étranger à tout pittoresque. Il évoque leur rencontre, leur amitié au-delà de leur différence d’âge d’un demi-siècle, leurs longues promenades à pas lents sur la plage de Pors-Carn et leurs conversations à bâtons rompus. Il met en lumière l’accord rare d’un homme, « être de chair qui ne perdait jamais de vue les forces de l’esprit », avec le lieu qui l’a fait devenir artiste.


Marie-Josée Christien / Spered Gouez n° 21

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"Entre conte traditionnel, roman initiatique et poésie"

J’ai été très touchée par l’histoire d’Anselme, du Chantôme et de Gaspard, tous trois suspendus dans les limbes du temps, sur un rivage indéterminé. À la lecture, on est peu à peu gagné par l’envoûtement de cette lande de terre, généreuse et quasi enchanteresse mais désertée par les autres hommes et dont les rivages disent à la fois la violence et la beauté de la mer qui gagne peu à peu. Cette mer qui semble tout d’abord tenue à distance, mais qui se fait de plus en plus impérieuse jusqu’à l’assaut final.
La musicalité et le rythme de l'écriture, entre conte traditionnel, roman initiatique et poésie accentuent le mystère autant que le charme (au sens premier) de ce livre si profondément original.

Christelle Capo-Chichi

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