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"Celle qui se taisait…"

Un jour elle avait choisi le silence. Et c’était il y a longtemps. C’était avant. Avant de devenir cette vieille femme un peu folle vivant recluse dans son appartement dévasté. C’était avant la naissance de l’enfant, son enfant, celle qui voulait tant savoir et à laquelle elle n’avait rien su raconter. Elle avait été une mère avare de paroles, presque jusqu’à l’indifférence et l’enfant en avait porté la blessure jusqu’à n’en plus pouvoir.
Eva-Jeanne avait gardé en elle les mots de ces femmes dont elle était issue, Sarah et Aviva, les mots du père, ceux du grand-père. Les mots pour dire le long voyage vers l’Est dans les wagons à bestiaux. Les mots des prières et des malédictions, les cris et les sanglots.
Elle était revenue mais elle n’avait rien dit, rien raconté. Elle avait cru se reconstruire une autre vie, mais elle s’était trompée car il est des silences au sein desquels des voix n’en finissent jamais d’appeler. Il est des silences qui peuvent tout emporter.
Il fallait les mots d’Elisabeth Laureau-Daull pour que parle enfin celle qui se taisait. Pour que depuis l’ombre montent ces voix de femmes que certains auraient voulues éteintes à jamais.
Et il serait vraiment dommage de passer à côté de ce livre aussi bouleversant que magnifique…

Florence Dalmas – Dauphiné Libéré

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"Un roman foisonnant"

Le roman débute en 1840 par trois lettres de François qui quitte Nantes pour l’Espagne, où il espère retrouver l’homme qu’il recherche. Puis, soudaine ellipse, nous voici dans une riche demeure andalouse où vit Consuelo, au prénom à la George Sand. Il y a son mari, Juan Lumbreras, un homme plus âgé, généreux, héros de la lutte d’Indépendance contre Napoléon, qui reste à l’écart de l’actuelle guerre civile. Cette belle jeune femme affublée d’un pied bot mène une existence solitaire. Elle se réfugie dans le rêve et le souvenir des confidences de sa sœur qui lui détaillait les malheurs des années 1810, l’assassinat de leur père favorable à la Révolution et à Napoléon. Derrière l’apparence lisse de sa vie, l’on devine un personnage complexe : n’a-t-elle pas épousé cet homme du camp adverse sans que cela ne semble provoquer de conflit intérieur ? Elle s’est accommodée des conditions de Juan pour ce mariage. C’est à ce prix qu’elle a pu laver la honte de sa disgrâce physique.
L’arrivée du petit Français est le cœur dramatique du roman, elle ramène le vent de l’Histoire du côté de la France et renoue le récit là où Eau-forte l’avait laissé, sur la recherche du père. Il est beaucoup question de filiation dans ce roman. Construite de façon très maîtrisée par Françoise Moreau, l’écriture porte le récit jusqu’à son point d’orgue, la demande de Juan à Consuelo et François. Demande troublante en ce que c’est le mari qui est l’ordonnateur du désir des autres. Du désir propre de Consuelo ou de François, nous ne saurons rien. De bout en bout triomphe une expression indirecte, souvent faite de non-dits. La clôture du roman l’illustre avec les trois lettres sans échange, en miroir des premières : Consuelo ferme la parenthèse de sa liaison avec le petit Français, l’existence plus convenue reprend. Belle suture d’un roman foisonnant.

Marie-Hélène Prouteau / Encres de Loire 65

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"Un texte poétique, lumineux et contemplatif."

Angélique a vécu cent cinq ans, alors Anne-José Lemonnier « dessine » cent cinq tableaux pour rendre hommage à sa grand-mère qui ne quittera jamais son village de Plouéden : le sel de la vie au cœur du bleu de la Bretagne et de sa nature.
L’océan, les falaises, les nuages, le vent, la flore omniprésents traversent le temps et les saisons. Angélique ne se lassera jamais de les contempler et de les admirer, naturellement, le temps passant (pas le paysage), Angélique ralentira et ses observations s’en trouveront modifiées, une autre beauté apparaîtra.
Chaque saison propose la sienne, ses propres couleurs, ses chants, ses odeurs et Angélique saura les apprécier et les relever.
Un texte poétique, lumineux et contemplatif, d’une grande délicatesse, superbe hommage à une grand-mère, à sa vie modeste mais essentielle et à la nature immuable.
Dès le livre refermé, on regrette que cent cinq saisons passent aussi vite !

« A cette pointe de la terre, entre son dernier cap et sa dernière presqu’île, le paysage symbolisait la constance exemplaire et la variation incessante. Il était en même temps ce qui dure et ce qui passe, la splendeur millénaire et l’extase d’une seconde. »

« Les âges se superposent et superposent leurs saisons, comme le jardin ses coins et ses recoins. »

Max Buvry / Librairie Vaux Livres

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