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" Au lecteur de faire usage de sa raison critique"

L’essai que donne à lire Gérard Prémel, Éloge de l’incertitude, commence par des considérations lexicographiques. Il oppose l’incertitude à la certitude, pointe les dates de l’apparition de ces vocables. Mais il ne manque pas de sens dialectique, il sait pertinemment que les vieilles certitudes, victimes de l’incertitude, voire de leur inexactitude, laissent la place à de nouvelles qui finiront par disparaître au bond qualitatif suivant (p 11)… Gérard Prémel met ensuite en regard les concepts de sécurité et de certitude (ou d’incertitude) et après avoir examiné quelques événements historiques il en arrive à la conclusion que "domination, certitude et insécurité vont de pair" (p 14). Mais Prémel n’oublie pas qu’il est poète quand il écrit : "L’incertitude, c’est le parcours du funambule au-dessus du gouffre, de la piste ou de la place publique" (p 16). Pour en arriver à cette affirmation qui présente détermination et incertitude comme non antinomiques... Il y voit la naissance de certains mathématiciens et des physiciens quantiques.
Va alors commencer une longue dérive où une parole de liberté dans laquelle Gérard Prémel oppose à la certitude, la digression, le calembour, l’imposture, l’impromptu et autres formules de style. L’incertitude est une méthode pour dévoiler le champ des possibles, qui fait place nette à de nouvelles certitudes ! L’incertitude est éternelle puisqu’elle finira par s’attaquer à ces dernières : elle est la "petite voix insistante qui ne cesse de nous dire que l’univers n’est pas autre chose qu’un vaste gisement de réponses qui n’ont pas encore été trouvées par la bonne question" (p 23). Il n’est dès lors pas étonnant que l’épistémologue Thomas Kuhn soit convoqué avec son concept de paradigme. Mais Kuhn n’est pas le seul à être cité : il faudrait plusieurs lignes de cette note de lecture pour tous les désigner. Gérard Prémel passe en revue, au crible de l’incertitude, l’histoire de la pensée occidentale : même les relations entre l’incertitude et l’inconscient ne sont pas ignorées, même si c’est pour tout de suite proclamer qu’il ne peut guère y avoir de relation entre ces deux états d’être (p 30). Mais rien n’étant simple, Henri Poincaré est alors cité qui déclare que "le travail mathématique n’est pas un simple travail mécanique"… On comprend alors mieux cet Éloge de l’incertitude. Prémel est un pessimiste optimiste : s’il remet en cause les certitudes historiques qui prétendent construire un monde meilleur, c’est pour mieux glorifier le présent et l’incertitude qu’il faut toujours appliquer. Italo Clavino à l’appui : si l’enfer est le présent, alors il ne reste plus qu’à chercher "et reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas l’enfer, et le faire durer, lui faire de la place" (p 46). Au moins permet-il ainsi, aux lecteurs d’ici et de maintenant, de ne pas se laisser prendre aux sirènes politiciennes qui affirment détenir la solution miraculeuse à tout ce qui ne va pas dans le monde !
Si "l’enfer, c’est la négation de mon égo dans un système qui ne peut que rendre l’altérité incertaine", le système économique qu’on cherche à nous imposer est insupportable. Comment dès lors refuse-t-on d’être asservi ? Il importe de ne pas laisser la liberté aux oppresseurs divers et variés : "L’incertitude est par essence l’espace du libre questionnement, de la recherche […], des bonnes questions…" (p 57). L’incertitude règne dans tous les domaines, peu ou prou, nous dit Prémel. Si je suis ignare en matière de psychanalyse, tout comme je suis ignorant en physique quantique (pour ne prendre que ces deux exemples), je ne peux donc suivre Gérard Prémel dans tous ses développements. Ce que je sais par contre, c’est que le système économique actuel est intenable, qu’il provoquera la perte de la planète et qu’il produit du chômage de masse. Que retenir de cet essai ? Que le monde est complexe et qu’il est nécessaire de faire appel à un collectif d’experts pour le décoder (provisoirement). Que l’incertitude qui naît des théories et des observations doit mener modestement à poursuivre la recherche. Que les dernières pages de l’ouvrage de Gérard Prémel (les plus lisibles) donnent une leçon de philosophie politique : "Je me dis alors que que si j’ai pu contribuer un tant soit peu à mettre en garde quelques lecteurs à l’encontre de la malfaisance des idéologies, de leurs certitudes - et de leurs lieux de pouvoir - je n’aurai pas tout à fait perdu mon temps…" (p 113). Au lecteur de faire usage de sa raison critique.


Lucien Wasselin / http://lafauteadiderot.net/Eloge-de-l-incertitude

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"Corbière n'a pas la place qu'il mérite"

Une bibliothèque, un lycée... Certains ne connaissent Tristan Corbière que par son empreinte dans la vie morlaisienne. Catherine Urien, elle, est tombée sous le charme de ce poète durant sa jeunesse, même si elle vouait une plus grande admiration à Rimbaud. Aujourd'hui, elle consacre un ouvrage à Corbière en nous entraînant dans son pays, en baie de Morlaix.

Catherine Urien a enseigné la littérature française et latine jusqu'en 2015. « En parallèle de mon métier de prof, j'ai toujours écrit », assure la Morlaisienne. Elle y consacre aujourd'hui davantage de temps, depuis qu'elle a quitté les bancs du lycée. Boulimique de lecture, elle a commencé par écrire de la poésie, donnant naissance à plusieurs recueils. « Je n'ai pas publié énormément d'ouvrages ».

« J'étais beaucoup plus fascinée par Rimbaud »

Ses premiers pas avec Corbière remontent à ses 17 ans. « Je le trouvais extrêmement violent. À l'époque, je n'ai pas perçu la richesse de ce poète. J'étais beaucoup plus fascinée par Rimbaud », se souvient Catherine Urien. Qu'importe ce désamour de départ, aujourd'hui, elle lui redonne ses lettres de noblesse en livrant un récit où la fiction côtoie la réalité. « Jean-Luc Steinmetz a déjà consacré une biographie à Corbière, en 2011. Et il disait que les journées du poète à Morlaix et à Roscoff restaient à inventer... ». D'où l'idée de ce périple dans la baie de Morlaix.

« C'était un dandy qui avait le goût de la provocation »

Dix années auront été nécessaires pour donner vie à ce récit. À chaque fois, le regard de Catherine Urien s'illumine en évoquant son personnage, qu'elle qualifie de « contradictoire ». « Il se faisait passer pour quelqu'un de laid, mais en même temps, c'était un dandy qui avait le goût de la provocation ». Rapidement, à l'âge de 14 ans, il a eu pleinement conscience qu'il allait mourir très jeune, se sachant condamné par la maladie. « Il a essayé de vivre dans l'urgence ». Dans son livre, Catherine Urien a voulu entrer dans sa conscience. Et elle relate sa vie à la façon d'un journal de bord. « On le voit avec les peintres à Roscoff ou en 1870, lorsqu'il rencontre une actrice italienne qui sera la femme de sa vie ».

« Quelqu'un d'attachant »

Un seul recueil de poésie, « Les Amours jaunes », aura permis au jeune auteur de se faire un nom. « C'est quelqu'un d'attachant, qui n'a pas eu la reconnaissance qu'il mérite ». Aujourd'hui, Catherine Urien tente de réparer cette injustice. Elle qui a donné son tout premier cours de français au lycée... Tristan-Corbière.

Le Télégramme 14.05.2017

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"Un court texte sublimé par son écriture poétique, maîtrisée, concise et pourtant si descriptive des sentiments comme des paysages"

Après l’inoubliable « Le ciel de Célestine », Marine Kergadallan nous revient avec, à nouveau, un court texte sublimé par son écriture poétique, maîtrisée, concise et pourtant si descriptive des sentiments comme des paysages. Or le héros de Terre d’encre est particulièrement sensible aux paysages. Il arrive en effet de Paris en scooter pour retrouver, après la forêt, une vieille maison à la campagne. Et toutes les maisons de ce type hébergent leur fantôme. Idéal, pour cet homme, qui aurait pu peindre et manier les couleurs, sculpter et malaxer la terre, mais à l’encre noire, il écrit et décrit les contrastes de la vie, seul dans cette maison, face aux paysages de la campagne, face à la lumière et l’ombre, face à l’immensité de la vie et de la mort.

Librairie Vaux Livres

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