Questionner le territoire des sentiments

Parler de Carnac après Guillevic, ce n’est pas anodin quand on connaît la renommée du Carnac publié en 1961 par le grand poète breton. Dans son Retour à Carnac, Gérard Le Gouic ne manque pas d’évoquer Guillevic (qu’il cite à neuf reprises) mais fait œuvre avant tout personnelle en évoquant un territoire de jeunesse auquel il est resté attaché.

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Gérard Le Gouic a connu Carnac parce que sa mère y « louait pour l’été une maison morbihannaise » d’où, dit-il, nous « parvenait la rumeur du flot montant ». Il y a été sensible à la « respiration de la lande », à « l’éclatement des gousses de genêts ». Et, bien sûr, il y avait ces hautes pierres bien connues qui « se réglaient/sur l’horloge des étoiles dans la nuit,/sur le jeu des ombres à leurs pieds, le jour ». Mais Le Gouic n’est pas là pour se contenter de feuilleter un agenda archéologique, fut-il poétique. Son agenda est plutôt amoureux. Il est là, comme le dit l’éditeur Diabase, pour « questionner le territoire des sentiments ».

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Ce retour à Carnac vient de la volonté de son auteur de proposer un Carnac « revu, repeint », comme on pourrait le faire d’une grande pièce musicale. C’est bien d’ailleurs ce qui est advenu puisque l’idée de ce recueil est venue à l’auteur à l’écoute d’une présentation revisitée des Quatre saisons de Vivaldi. Pourquoi, alors, ne pas opérer de la même manière avec le Carnac de Guillevic ? Pas question, pour autant, de proposer un décalque de cette œuvre emblématique. Plutôt une volonté de faire corps avec la poésie de Guillevic en optant d’emblée pour un nombre identique de poèmes et par l’usage de textes courts (entre cinq et dix vers). Mais la parenté va bien au-delà de ces considérations formelles.

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Le Carnac de Guillevic, c’est « le dialogue de deux éléments : la terre et l’eau, le dialogue aussi de l’homme et de la femme », notait Jean Tortel dans la biographie consacrée à Guillevic (Seghers, poètes d’aujourd’hui, 1971). Le Carnac de Le Gouic épouse volontiers ces deux thématiques, même s’il est ce « terrien égaré,/en villégiature » que « la mer n’a jamais attiré ». Mais la mer, dans son Retour à Carnac, est « l’espace où la femme se meut ». Le jeune Le Gouic devait se faire une raison : « Je doutais d’être celui/ que j’étais. Ton amant ?/Tu n’avais d’yeux que pour la mer ». C’est cette association femme/mer qui structure ce Retour à Carnac. « Tu t’étais emparée de moi./Tu t’en défendais, m’en accusais./Je déplorais ma faiblesse,/ma jouissance à ne pas résister ». Au bout du compte, avoue-t-il, « il demeurait entre nous/cette barrière de pierres/comme une muraille de feu ».

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Sans s’appesantir sur le Carnac des célèbres alignements, Le Gouic aime néanmoins évoquer au passage « les pierres majestueuses » côtoyant « les vaches pie noire indolentes » ou encore ces « quelques pierres (qui) s’isolent/ du cortège de leurs congénères/et se faufilent dans la lande/vers des fortins de branchages ». D’un bond, l’évocation de Carnac le ramène même au territoire qui est aujourd’hui le sien. « Carnac est peu éloigné de mon Moustoir./Des dolmens dorment d’un sommeil de granit/en contrebas, près de l’Aven ».

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