Un langage qui lui est propre mais touche à l’universel dans la beauté de ses mots.

Le mot du préfacier : « Sophie Tessier est restée au chevet de la sauvagerie de la Loire pendant un mois de résidence à la Maison Gracq. Pour elle, il s’agissait d’entendre une confidence plutôt que de reconstituer la mécanique de la perception. Car ce n’est pas seulement l’auteure qui se cherche dans les eaux du fleuve, c’est la Loire qui la regarde et lui parle, bienveillante et complice. La poésie, ici, consiste à savoir écouter. Tout se mêle et se répond : les regards, les mots, les poissons et l’eau. Pour finir dans une sorte de magma lumineux qui roule et emporte le texte ». Tout est dit par Alexis Gloaguen, qui sait de quoi il parle en matière de poésie et d’îles (il a vécu 18 ans à Saint-Pierre, entre 1992 et 2010).

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Sophie Tessier n’en est pas à son coup d’essai. Née à Rennes le 17 Octobre 1976, elle enseigne les Lettres Modernes au collège Mathurin Méheut de Melesse. Amoureuse des pays nordiques (Norvège, Islande, Groenland, Canada) et passionnée de plongée sous-marine, elle sait aussi jouer avec les mots. Ainsi, elle s’est vu décerner le prix Poésie au 15ème Salon international du livre insulaire à Ouessant en 2013 pour Groenland est, carnet de voyage publié aux éditions Aber, fruit de son 2ème séjour au Groenland durant l’hiver 2012. Et les éditions Diabase ont déjà publié ses romans Varech (2017) et Lumen (2023). Ici, en résidence à la Maison Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil en Juillet 2023, elle s’est laissé porter par le courant du fleuve, charriant souvenirs et rêveries dans Les eaux froissées. « Je sais mon verbe vulnérable aux gerçures de la soif. Je sais aussi qu’il ne se peut tarir tant que j’aurai de la salive pour coudre de fil blanc le sort de la planète aux cahiers de ton livre » (p. 38).

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Ce court recueil, dont on sort à regret comme d’une douce somnolence, chante aussi une belle histoire de transmission, pensée confucéenne. Quand Louis Poirier se lie d’amitié avec Henri Queffélec à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm en 1930, il ne s’appelle pas encore Julien Gracq. Pourtant, c’est son ami breton qui va lui suggérer ce nom de plume : Julien comme Sorel, le héros du Rouge et le Noir de Stendhal, et Gracq en référence aux réformes agraires des frères Gracques sous la République romaine. Alors qu’il enseigne l’Histoire et la Géographie au lycée La Tour d’Auvergne à Quimper, Gracq choisit pour titre de son premier roman Au château d’Argol (1938), se remémorant un toponyme rencontré en presqu’île de Crozon en compagnie du grand Keff. Ce dernier, à l’âme franciscaine, aimait à se faire surnommer « scouarnec » et « lagadec », celui qui a de grandes oreilles pour écouter et de grands yeux pour regarder.

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Il est évident que Sophie Tessier sait écouter et regarder. Et comme ses deux illustres prédécesseurs, elle sait nous transmettre ses émotions dans un langage qui lui est propre mais touche à l’universel dans la beauté de ses mots.

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L’Archipel des lettres n°26, avril 2026.