La vérité ne saurait oublier que nous avons à son égard des devoirs.

Dans Le Casque d’Omaha Beach, l’auteure en appelle au chant poétique pour dénoncer l’acte, incompréhensible pour elle, qu’a été le célèbre débarquement décidé en Normandie au prix de la mort certaine et connue d’avance de milliers de soldats envoyés briser les lignes allemandes. D’une tragédie historique, Bluma Finkelstein fait un sujet intime. Elle fustige les vains Cavaliers de l’Apocalypse et les entoure de sa compassion dans leur course vers la mort. Le précepte « Tu ne tueras point » est « l’essence même / du tronc de l’arbre décapité » :

 

« Mille fois la sève déborde de nos bouches empestées

où poussent les dents malades de Dracula ressuscité.

Oui, pour Dracula qui sans cesse renaît,

Non, pour Lazare bien mort et enterré ! » (p.90).

 

Chacune des cinq parties de cet oratorio s’ouvre sur une citation d’Aragon, de Claude Roy, de Georges-Emmanuel Clancier, de Michaux et aussi du psaume 27 (« si une guerre s’élevait contre moi, je serais malgré cela plein de confiance »).

 

La poésie engagée se double ici d’une voix qui, telle une basse continue, accuse l’homme de n’avoir « jamais vraiment prié » :

 

« Vous avez noyé le ciel de vos paroles insensées,

vous avez empêché la vérité d’entrer dans votre monde et la lumière s’est éteinte

au bord du précipice » (p.103).

 

La vérité ne saurait oublier que nous avons à son égard des devoirs. Et la poésie qui n’est pas que jeu langagier, sait parfois le rappeler opportunément.

 

 

Daniel Leuwers

Revue Europe n°1117 – mai 2022