Sans mot superflu, l’image est là et nous transmet une sensation d’urgence.

UNE SECONDE LECTURE

J’ai lu une seconde fois Ce monde en train de naître avec encore autant de plaisir. Le texte, les mots m’ont portée tout au long du livre.

Une femme fuit son pays en guerre. Qui ? Où ? Quand ? L’autrice ne le dit pas et le laisse à l’imagination, au ressenti du lecteur. En lisant, je voyais une Syrienne qui fuyait la guerre et les violences et qui arrivait en Grèce. Pourquoi ? Il n’y a rien de réfléchi. Pour la Syrie, les images sont venues certainement en lien avec l’histoire récente. Pour la Grèce ? Peut-être parce que c’est Cypris Kophidès qui écrit, et aussi pour la chaleur humaine dans le café que j’éprouve plus en Grèce qu’en France.  C’est ainsi que ce récit m’a saisie, même si j’imagine qu’elle nous propose une histoire universelle.

Les mots sont justes, précis, puissants, ils font que l’histoire racontée émeut profondément, même si non vécue. Dès le début, je visualisais ce qui était écrit, ce n’était pas seulement une compréhension intellectuelle. Un exemple parmi d’autres :  « Chaque soir, elle s’endort la main hors du lit, frôlant le sac posé là, tout à côté. » Sans mot superflu, l’image est là et nous transmet une sensation d’urgence.

C’est aussi l’absence de ponctuation parfois, qui permet une lecture avec un rythme personnel, calqué sur les émotions ressenties. De même l’utilisation de phrases courtes, voire nominales, voire un verbe seul. Pour moi, ces constructions soutiennent, renforcent les mots, donnent un rythme calqué sur les situations évoquées.

L’écriture est très belle. La souffrance humaine, l’estime de soi, le sentiment de culpabilité, l’acceptation de la vie… des thèmes universels que l’autrice rend palpables et qui m’ont touchée. J’ai beaucoup aimé ce livre. 

Brigitte Robineau