Une littérature d’amour, de mort, de musique et de poésie

Le roman échevelé de Daniel Morvan

 

« Après l’inhumation (je ne m’appesantis pas sur les détails du rituel, exposition des dépouilles. embaumement des jeunes accidentés, habile masquage des enfoncements crâniens et thoraciques, agitation intéressée des marques bleues, vissage parallèle des couvercles, efforts de mains congestionnées sur des vilebrequins sortis d’un tableau de Georges de la Tour, éloges funèbres ânonnés par une contrefaçon de bedeau, le tout se succédant dans le clair-obscur de cette chapelle sans autre vitrail que de simples grisailles dénuées du pouvoir d’iriser la lumière verte de cet après-midi de printemps), nous nous raccompagnâmes sans nous regarder. »

 

Dès les premières pages, l’auteur ne nous ment pas.

Il aime les digressions, les longues phrases à la Proust.

Et à ses yeux, le plus court chemin n’est pas le plus intéressant.

 

Daniel Morvan, le romancier, est à mille lieues des préceptes qui dictent son métier de journaliste : faire court, alter à l’es­sentiel, éviter tes digressions.

 

Mais Daniel Morvan n’écrit pas un article, mais un roman foisonnant, poétique, celtique et slave à la fois.

Echeveié et romantique.

Alors Il préfère les méandres, la quête de sentiments longuement ciselés, patiemment refoulés avant de s’imposer. Avec toujours un style impeccable, maîtrisé.

Une alternance de longues phrases presque interminables et quelques-unes beaucoup plus courtes, voire sèches. Ses études à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud ne relèvent pas du hasard. Elles viennent couronner et compléter un sérieux goût et talent pour l’écriture, la littérature. Une plume et une facilité d’écriture transposées en 2002, dans un premier roman, un pofar, vénéneux : « Miss Bella Donna ».

 

 

Dans La fille du sorbier, il n’y a plus d’intrigue proprement dite, mais un scénario étonnant, un peu fou, dérangeant : un veuf et une veuve se rencontrent et s’aimantent au cimetière, le jour de l’Inhumation de leur épouse et époux respectifs.

Une histoire hors du temps, hors des normes et en même temps si contemporaine. Ces amants cérébraux sont bien de notre temps. Leurs relations et celle de Clara et Robert Schuman et le noir destin de la poétesse russe Marina Tsvétaïeva se tissent, s’ajustent, se démêlent et s’emmêlent, via les courriels et les SMS.

Le narrateur Robinson interroge, dissèque son amour, son désir, sa folie, son désespoir pour Adèle.

Au fond, il comble l’absence, le manque à l’origine du récit, en se créant un monde onirique et lyrique de poésie, de musique.

 

Avec, pour fil conducteur, « ce la perpétuel que Schuman écoutait la bouche arrondie, sur un sifflement muet… »

 

Philippe GAMBERT / OF Nantes 30-12-2004