Variations subtiles sur le couple

Ils s’aiment absolument. Ils ne paraissent pas souffrir de l’absence de l’enfant qu’ils n’ont pu avoir. Leur vie est parfaitement réglée. Chaque jour de la semaine, il rentre déjeuner à la maison. C’est lui qui fait les courses et les repas. Le soir, il se met au piano et joue les Scènes d’enfant de Schumann. Sinon, surtout les soirs de printemps, ils vont marcher au bord de la mer pour écouter le battement des vagues contre les rochers, le friselis du flot sur le sable. Pour écouter le battement de leurs coeurs, le murmure de leur bonheur ? Allez donc savoir. Ils sont unis, ils sont heureux dans le calme renouvelé des heures, à l’instar de la mer dans les jours qui ne sont pas de tempête…

 

Elle ? Elle ne fait rien, même pas les courses depuis ce samedi où elle avait acheté sans mesure tout et n’importe quoi. Elle passe ses journées tout à son bonheur de l’attendre, de penser à lui dans une totale exclusivité de ses raisonnements et de ses rêves. Folie ? Mais non. Etrangeté, non plus. Elle et lui vivent dans une singularité totale et normale. Et pourtant, le lecteur ressent sourdement la faille, perçoit. la dysharmonie latente qui s’insinue et s’instaure.

 

Le mot qui sonne faux, le geste qui se désaccorde, le silence qui en dit trop et la parole qui ne dit rien jusqu’à l’écueil qui déchire.

 

Fusion des êtres, liberté du couple : sur ce thème, Marie-Hélène Bahain a écrit des variations subtiles et poétiques, scènes de la vie qui évoquent parfois -le baroquisme en moins- Albert Cohen.

 

Yannick Pelletier. Ouest-France 8-9 avril 2006